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Faits et chiffres: Chiffres et faits: Limpopo

Limpopo est la province du nord-est de l’Afrique du Sud qui abrite traditionnellement le plus gros de l’électorat de l’ANC. Les habitants de la région sont de plus en plus insatisfaits. Ils vivotent, sans la moindre perspective, dans des villages privés d’eau courante ou d’équipements sanitaires. Les soins de santé et les écoles sont déficients, et l’Etat ne parvient même plus à fournir à temps les manuels scolaires. Les populations villageoises se retrouvent complètement seules. Les politiques ne font une apparition qu’au moment des campagnes électorales et promettent la lune dans leurs discours. Par ailleurs, nombre d’organisations d’aide se retirent faute de moyens financiers. Les problèmes s’accentuent et l’insatisfaction augmente.

Tzaneen, petite ville de la province, est située non loin du Parc national Kruger, réserve animalière fascinante qui attire chaque année d’innombrables touristes armés d’appareils photos et de caméras. La langue parlée ici est l’afrikaans, et chacun vit dans l’aisance pour peu qu’il soit blanc. Et conservateur. Les propriétés somptueuses parlent d’elles-mêmes. Les Noirs, on les voit dans les petites villes, où ils n’occupent des emplois que comme personnel de maison, gardiens de nuit, pompistes, serveurs, caissières ou gardiens des parkings où stationnent les grosses berlines – un héritage de l’apartheid. La région est réputée pour l’excellence de sa production fruitière (mangue, orange, ananas, banane, papaye, etc.) et ses plantations de thé.

On ne voit sur la carte que très peu de zones d’habitation autour de Tzaneen. Et pourtant la densité de population est forte dans toute la région. Contrairement à Johannesburg, où la mixité raciale existe dans certains quartiers, les Noirs qui vivent dans le nord de l’Afrique du Sud font l’objet d’une ségrégation totale de la part des Blancs et sont cantonnés dans des villages et cités autour de Tzaneen. Seules les exploitations agricoles offrent du travail: les terres sont fertiles et la région produit du thé ainsi que des fruits tropicaux, ce qui attire une foule de journaliers et de travailleurs itinérants. Les familles et les enfants ne sont pas tolérés dans les fermes et il est donc facile d’imaginer où les hommes vont chercher leur satisfaction sexuelle.

Ceux qui ne trouvent pas de travail – et ils sont nombreux puisque les statistiques officielles font état d’un taux de chômage de 30% – migrent dans les villes ou vivent de l’aide sociale. Comme celle-ci n’est pas très élevée, il est probable que les allocations familiales apportent, surtout aux jeunes mères, un petit complément bienvenu: l’Etat leur verse en effet 250 rands. C’est peu, mais cela semble être une véritable fortune pour ceux qui n’ont pas d’argent.

Pour la plupart des Noirs vivant en Afrique du Sud, les week-ends se succèdent et se ressemblent: ils enterrent leurs morts et leur font leurs adieux. Alors qu’autrefois les obsèques n’étaient pas si fréquentes, le secteur des pompes funèbres est aujourd’hui l’un des rares qui soit en plein essor. Le sida fait que les cimetières ne cessent de s’agrandir et, dans de nombreux endroits, les samedi/dimanche ne suffisent plus pour accomplir les rites funéraires traditionnels. Beaucoup de familles étendues procèdent tous les quinze jours, voire toutes les semaines à l’enterrement d’un de leurs membres. La norme sociale impose de grandes cérémonies suivies d’un repas auquel sont conviées toutes les personnes présentes. Cela coûte cher et peut même ruiner des familles ayant des revenus réguliers. Les conséquences psychiques d’une confrontation constante avec la mort et la disparition de proches, surtout pour les enfants, ne sont toujours pas un thème de société. Ce qui ne facilite pas l’existence des orphelins qui se retrouvent complètement seuls.

En matière de soins de santé, la situation est difficile: estimé à 20-25%, le taux de prévalence du VIH est très élevé, et même la tuberculose est omniprésente. A la différence de nombreux pays d’Afrique australe, il existe ici au moins une infrastructure couvrant tout le pays: les «Clinics». Mais la mauvaise gestion de ces hôpitaux locaux, qui font également office de pharmacies, fait qu’ils n’ont pas un stock suffisant de médicaments contre le VIH. Les ruptures de stock compliquent inutilement la vie des personnes séropositives. En effet, un travailleur journalier qui doit prendre deux fois par mois un congé pour aller chercher ses médicaments, est sûr de perdre très vite son emploi.

Dans de nombreuses régions, on constate un manque de fournitures indispensables comme les gants en latex, les désinfectants pour les mains ou encore les masques de protection contre la tuberculose ainsi que de médicaments de base comme le paracétamol. Or tout cela serait important, surtout pour les soignantes et travailleuses sociales, peu formées, qui interviennent dans les villages où elles aident au ménage et soignent les malades.

L’Afrique du Sud est le pays du monde où les richesses sont le plus inégalement réparties. Les disparités sont criantes partout – comme dans la cours de l’école primaire Sepeke où nous sommes invités pour visiter un programme dédié aux enfants concernés par le sida. Nous y découvrons un SUV flambant neuf, garé sous la pluie. Sa propriétaire, la directrice de l’école, essaie aussitôt, dans un langage dépourvu de fioritures réthoriques, d’obtenir de l’argent des invités venus du riche pays d’Europe du Nord. Sur l’initiative de Choice, organisation de santé locale, l’école a mis à disposition un terrain qu’un groupe de grands-parents élevant des orphelins du sida a aménagé en potager pour sa consommation propre. Le groupe vend les surplus de production de légumes. Une fois les nouvelles semences achetées, il reste généralement un petit quelque chose qui aide ces ménages extrêmement pauvres à subsister.